Ecole flamande de la première moitié du XVIIe s., "Genève le lendemain de l'Escalade le 12 décembre 1602" ou "Vue de la ville de Genève prise des hauteurs de la Batie", huile sur panneau, 50x88 cm
Provenance : Collections François Tronchin, par succession à Robert Tronchin, cabinet de Bessinge, exposé dans la salle d'Armes; Acquis en 1938 par Xavier Givaudan (1867-1966), puis par succession au propriétaire actuel
Bibliographie : François Tronchin, Catalogue des tableaux de mon cabinet, 1765, p. 17-18, no. 25; Jules Crosnier, Bessinge, Nos Anciens et leurs Œuvres, Recueil genevois d’Art, Genève, 1908, p. 9, ill.; "Les Anciennes vues de Genève par Cl. Chastillon, gravées par Merian et Poinsard", in Genava, T. X, Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 1962, p. 85-91, ill.; Renée Loche, "Catalogue des collections de François Tronchin", in: Genava, T. XXII, Musée d'Art et d'Histoire, Genève, 1974, p.182, no. 351, ill. n/b p.183
Exposition: Musée d'Art et d'Histoire, Genève à travers les âges: exposition rétrospective du deuxième millénaire de Genève 58 avant J.-C.-1942, 1942, p. 20; Musée Rath, De Genève à l’Ermitage, les collections François Tronchin, Genève, 1974; Musée d’Art et d’Histoire, Anciennes représentations de l’Escalade, 08 décembre 1977 au 15 janvier 1978, no. 18
Note: Quoique ce tableau soit relativement bien documenté, la date de son entrée dans les collections Tronchin ne nous est pas parvenue. A Bessinge, le tableau était exposé au milieu d’armures et d’armes du XVIe siècle, dont l’armure de Remy Tronchin qui s’est distingué au service de la Ville de Genève, au cours du dernier quart du XVIe siècle. Son fils Theodore Tronchin (1582-1657), théologien de renom à son époque, épousa la petite fille adoptive de Théodore de Bèze
Très bon état général
Le panneau est très bien conservé. Nous ne notons pas de fente.
Il est légèrement convexe
Présence d'un accident par 2 manques de 1 cm environ dans l'angle inférieur gauche. Celui-ci a été succinctement retouché
Le réseau de craquelures est discret, peu présent.
On note quelques craquelures de séchage dans la partie inférieure de l'œuvre. En effet le brun semble avoir un léger défaut de couvrance et à cet endroit les figures, les arbres, la végétations semblent un peu estompées en raison de craquelures. Ce phénomène intervient consécutivement au séchage de l'œuvre et n'est pas un dommage lié au temps
Usures/petites lacunes au niveau des bordures liées à l'encadrement
Sous lumière UV, les 2 lacunes retouchées ressortent ainsi qu'une petite retouche mineure en bas au centre. Toutefois nous pensons que quelques autres retouches sont présentes sous forme de rehauts/glacis peu couvrants et débordant par rapport aux réels dommages:
En bas à gauche, l'eau semble avoir été rehaussée depuis l'angle inférieur gauche jusqu'à la fin des arbres. A cet endroit on observe une surbrillance et une teinte un peu trop saturée.
Au centre en haut on note aussi 3 taches brunâtres et un petit défaut de structures semblant indiquer de petites retouches débordantes qui ont mal vieillies.
Nous n'avons pas mis en évidence de retouches au niveau de la villes et des parties principales
Quelques légères usures normales liées au temps. Quelques petites lacunes mineures sur l'ensemble
Présence d'une couche de vernis légèrement jaunie et homogène
COLLECTION GIVAUDAN – TRONCHIN
Les frères Xavier (1867-1966) et Léon (1875-1936) Givaudan ont connu le succès grâce à une industrie florissante produisant des parfums de synthèse, des produits chimiques et des savons. Xavier Givaudan s’installe à Geneve en 1917 où il achète un hôtel particulier à l’angle de la rue de la Cloche et du quai du Mont-Blanc. En 1938, après l’avoir loué plusieurs années, il acquiert le domaine de Bessinge, propriété de 50 hectares située à l’emplacement de l’actuel golf de Cologny. Peu après sa mort, les héritiers vendent le domaine tout en préservant une grande partie des collections dont les tableaux inclus dans ce catalogue. Les lots 2015, 2016 et 2018 à 2022 proviennent de cette propriété et apparaissent pour la première fois sur le marché. Bessinge fut la propriété de la célèbre famille Tronchin qui joua un rôle déterminant à Genève pendant près de trois siècles. Le domaine fut acheté en 1764 par Jacob Tronchin (1717-1801) et la demeure construite en 1840 par Henri Tronchin (1794-1865). Il restera aux mains de la famille jusqu’à son acquisition par Xavier Givaudan. Le docteur Théodore Tronchin (1709-1781) est renommé dans toute l’Europe pour ses qualités de médecin et l’inoculation des premiers vaccins aux enfants de têtes couronnées (lot 2015 et 2022). La collection d’art prend son essor avec le Conseiller François Tronchin (1704-1798). Ce dernier était un membre éminent du patriarcat genevois, membre du Conseil des Deux-Cents et du Petit Conseil de Genève, écrivain et ami de Diderot, il fit venir Voltaire à Genève. Politicien et homme de lettres renommé, il est aujourd’hui célèbre en tant qu’important collectionneur d’art et expert en peinture, reconnu de Paris à Saint-Pétersbourg, en témoigne la vente de sa première collection à l’impératrice Catherine II de Russie en 1770. A sa mort, Jean-Armand Tronchin, son neveu, fit choisir par l’artiste Prud'hon et le premier directeur du Louvre Vivant-Denon, trente tableaux qui devinrent le cœur de la collection d’art de la famille Tronchin. La maison Piguet a déjà mis aux enchères des tableaux et objets provenant de cette propriété en mars, septembre et décembre 2017. Aujourd’hui, nous avons le plaisir et l’honneur de proposer à l’encan un ensemble remarquable provenant de cette collection, notamment une impressionnante vue de Genève (lot 2018) qui nous dévoile la ville et ses remparts à l’époque de l’Escalade…
Ecole flamande de la première moitié du XVIIe s. - «Genève le lendemain de l'Escalade» ou «Vue de la ville de Genève prise des hauteurs de la Batie»
Cette œuvre, initialement attribuée à M.C. Salomon et J. Callot, reprend le modèle d’un dessin de ce point de vue sur Genève par Claude Chastillon réalisé vers 1595 et diffusé à travers les gravures de Mathieu Merian (1615) et de Poinssart (1640). Au regard du style et de l’utilisation du panneau de chêne, cette œuvre a vraisemblablement été réalisée par un artiste flamand dans la première moitié du XVIIe siècle. Cette œuvre est particulièrement exceptionnelle, elle ne se contente pas d’être une des plus anciennes représentations de Genève au XVIIe siècle, mais illustre aussi le plus fameux épisode de la ville : la bataille de l'Escalade au lendemain de la tentative d'invasion infructueuse de la ville par les troupes du Duché de Savoie dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. En observant attentivement le tableau, on découvre d’habiles détails qui témoignent de l'importance de cet épisode dans l’histoire de Genève. On peut y distinguer des soldats qui s'affairent entre l'Arve et les remparts, deux échelles dressées contre les murs de la Treille, un canon tirant sur les assaillants depuis le bastion de l’Oye, et, à l’intérieur de l’enceinte, les défenseurs de la ville (MAH,Genève, 1943). Bien que le sujet ait été fréquemment repris par des graveurs, cet épisode a rarement été traité en peinture, ce qui fait toute la rareté de cette œuvre. Elle incarne donc les hauts faits de Genève face à la Savoie, un symbole fort de résistance et de courage dans l’histoire de la ville qui lui permis de conserver son indépendance. Sa provenance en fait également une pièce d’exception, puisqu’elle a fait partie des collections du célèbre collectionneur et mécène François Tronchin (1704-1798).